La liste des pays émergents ne se décide pas dans les sommets géopolitiques. Elle se joue dans les bureaux de MSCI, FTSE Russell et S&P Dow Jones, les fournisseurs d’indices qui déterminent où les fonds internationaux placent leurs capitaux. Comprendre quels pays rejoindront bientôt la liste pays émergents officielle suppose de suivre ces reclassifications, pas les discours diplomatiques.
Classification MSCI et FTSE Russell : comment un pays devient officiellement émergent
Les BRICS occupent le débat médiatique, mais l’adhésion à ce bloc n’a aucun impact sur le statut boursier d’un pays. Un marché passe de « frontier » à « emerging » uniquement lorsqu’un fournisseur d’indices valide des critères précis : liquidité des actions cotées, accessibilité pour les investisseurs étrangers, stabilité réglementaire, convertibilité de la devise.
MSCI et FTSE Russell procèdent chacun à une revue annuelle de classification. Un pays est d’abord placé sur une liste de surveillance, parfois pendant plusieurs années, avant d’obtenir une promotion effective. Cette promotion déclenche l’entrée automatique dans les ETF et fonds indiciels qui répliquent les indices émergents, ce qui génère des flux de capitaux considérables.
Les deux principaux fournisseurs ne classent pas toujours les mêmes pays de la même façon. La Corée du Sud, par exemple, reste classée « emerging » chez MSCI alors que FTSE Russell la considère comme marché développé. Ce décalage crée des situations où un même pays appartient à deux univers différents selon l’indice suivi par le gestionnaire de fonds.

Vietnam : première promotion vers le statut émergent FTSE depuis 2018
Le cas le plus concret est celui du Vietnam. FTSE Russell a annoncé sa promotion du statut « frontier » au statut « secondary emerging market », une sous-catégorie située au-dessus des marchés frontières et en dessous du « primary emerging ». Il s’agit du premier upgrade de ce type depuis l’inscription du Vietnam sur liste de surveillance en 2018.
L’intégration se fait progressivement, par quatre tranches de pondération étalées jusqu’en septembre 2027. Ce calendrier étale l’impact sur les marchés et permet aux investisseurs de se positionner sans provoquer de choc de liquidité.
Les analyses d’intermédiaires évoquent une hausse significative des flux de capitaux internationaux liée à cette inclusion obligatoire dans les ETF suivant les indices FTSE Emerging. Des entreprises vietnamiennes comme Hoa Phat, Vingroup et FPT figurent parmi les valeurs susceptibles de bénéficier de ces flux entrants.
Ce que le Vietnam a dû modifier pour obtenir cette promotion
Le passage ne s’est pas fait sur la seule croissance du PIB. Le Vietnam a dû améliorer l’accès des investisseurs étrangers à son marché boursier, renforcer les mécanismes de règlement-livraison des titres et assouplir certaines restrictions sur la détention d’actions par des non-résidents. Ces réformes structurelles comptent davantage que la taille de l’économie dans la décision finale de FTSE Russell.
Pays émergents MSCI : les résultats de la revue 2025-2026
MSCI a publié les résultats de sa revue de classification 2025, puis ceux de la revue 2026. L’Indonésie conserve son statut de marché émergent sans changement, ce qui n’allait pas de soi : dix actions indonésiennes ont été retirées de l’indice à compter de septembre 2026, signe que la profondeur du marché fait l’objet d’un suivi serré.
L’Argentine constitue un autre cas surveillé. Des analyses pointent que malgré les réformes économiques récentes, l’indice MSCI Argentine n’a pas bougé en termes de reclassification. Le pays reste pour l’instant dans la catégorie « standalone » chez MSCI, un statut intermédiaire qui ne correspond ni aux marchés frontières ni aux marchés émergents.
| Pays | Classification MSCI actuelle | Classification FTSE actuelle | Évolution récente |
|---|---|---|---|
| Vietnam | Frontier | Secondary Emerging (en cours) | Promotion FTSE, intégration par tranches jusqu’en 2027 |
| Indonésie | Emerging | Emerging | Statut maintenu, retrait de 10 valeurs MSCI en 2026 |
| Argentine | Standalone | Frontier | Pas de mouvement malgré les réformes |
| Corée du Sud | Emerging | Developed | Divergence persistante entre les deux fournisseurs |

Élargissement des BRICS et statut de marché émergent : deux logiques distinctes
L’élargissement des BRICS, avec l’entrée de l’Arabie saoudite, de l’Iran, de l’Éthiopie, de l’Égypte et des Émirats arabes unis, alimente l’idée d’un bloc émergent en expansion. Neuf pays supplémentaires ont obtenu le statut d’États partenaires. Cette dynamique géopolitique modifie les rapports de force diplomatiques, mais elle ne change pas la classification boursière d’un seul pays.
L’Éthiopie, nouveau membre des BRICS, n’apparaît dans aucun indice émergent. Son marché boursier reste embryonnaire. L’Iran, sous sanctions internationales, est exclu de fait des indices MSCI et FTSE. L’adhésion aux BRICS et la promotion vers le statut de marché émergent répondent à des critères radicalement différents :
- Les BRICS évaluent le poids géopolitique, la taille démographique et la volonté de construire une alternative aux institutions occidentales
- MSCI et FTSE Russell mesurent la liquidité boursière, la convertibilité des devises, la transparence réglementaire et l’accessibilité technique pour les investisseurs étrangers
- Un pays peut appartenir aux BRICS sans figurer dans aucun indice émergent, et inversement, un pays hors des BRICS peut être classé « emerging » depuis des décennies
Critères concrets pour anticiper les prochaines promotions vers la liste pays émergents
Pour identifier les prochains candidats à une reclassification, plusieurs signaux méritent attention. Le placement sur une liste de surveillance officielle de MSCI ou FTSE Russell est le premier indicateur fiable. Le Vietnam y a figuré pendant plusieurs années avant sa promotion effective.
- L’ouverture du marché des capitaux aux investisseurs non-résidents, avec suppression ou assouplissement des plafonds de détention étrangère
- La mise en place d’un système de règlement-livraison conforme aux standards internationaux (cycle T+2 ou T+3)
- La profondeur du marché boursier, mesurée par le nombre de valeurs cotées atteignant les seuils de capitalisation et de liquidité requis par chaque fournisseur d’indices
- La stabilité du cadre réglementaire sur plusieurs années consécutives, critère souvent sous-estimé
La Pologne illustre un cas inverse : certains analystes évoquent son potentiel de promotion vers le statut de marché développé chez MSCI, ce qui la sortirait de la liste des émergents. Le mouvement fonctionne dans les deux sens.
La prochaine vague de reclassifications dépendra moins de la croissance économique brute que de la capacité des régulateurs nationaux à moderniser leurs marchés financiers. Le Vietnam a mis huit ans entre sa mise sous surveillance et sa promotion effective. Les pays qui engagent aujourd’hui des réformes d’accessibilité boursière posent les bases d’une reclassification qui ne se concrétisera pas avant plusieurs années.

