Les marchés émergents attirent de nouveaux investisseurs en 2024

Les flux de capitaux vers les marchés émergents ont connu un tournant en 2024. Après plus d’une décennie de sous-performance relative face aux indices américains, plusieurs segments de ces économies ont capté des volumes d’investissement que les analystes n’anticipaient pas avec cette ampleur. Le phénomène ne se limite pas aux actions : la dette émergente, longtemps cantonnée aux portefeuilles spécialisés, a joué un rôle moteur dans ce regain d’intérêt.

Dette émergente : le segment que les nouveaux investisseurs découvrent en 2024

La plupart des contenus sur les marchés émergents se concentrent sur les indices actions, le MSCI Emerging Markets en tête. L’année 2024 raconte une histoire différente. BNP Paribas a indiqué en février 2024 que les conditions monétaires et de change redevenaient plus favorables pour les économies en développement, ce qui attirait les investissements de portefeuille vers les obligations souveraines et corporate émergentes.

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Morgan Stanley a décrit en parallèle des flux soutenus vers la dette émergente et une demande croissante pour les actifs hors États-Unis. Plusieurs facteurs convergent : la baisse attendue des taux directeurs dans les pays développés, un dollar moins vigoureux, et l’amélioration des fondamentaux budgétaires pays par pays.

Pour un investisseur particulier qui entre sur ce segment, la distinction entre dette en devise locale et dette en dollar reste un point technique à ne pas négliger. La première offre un potentiel de gain de change, mais expose à la volatilité monétaire. La seconde réduit ce risque, au prix d’un rendement souvent inférieur.

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Analyste financier présentant les indices boursiers des marchés émergents lors d'un séminaire d'investissement dans une salle de conférence moderne

Dispersion des performances entre marchés émergents : le piège du bloc homogène

Parler « des marchés émergents » comme d’un ensemble cohérent est un raccourci qui coûte cher. Morgan Stanley a souligné que plusieurs marchés émergents de petite taille, longtemps ignorés, ont surpris positivement en 2024, dans un contexte de tensions géopolitiques et de rotation hors des valeurs refuges traditionnelles.

Dodge & Cox rappelle que si les émergents ont sous-performé globalement après 2010, la période récente se caractérise surtout par une forte dispersion interne entre pays et entre secteurs. Traiter l’Inde, la Chine, le Brésil et le Vietnam dans le même panier analytique revient à ignorer des dynamiques radicalement opposées.

Ce que la dispersion implique pour la sélection géographique

Un ETF répliquant le MSCI Emerging Markets donne une exposition large, mais cette exposition reste fortement concentrée. Quelques pays pèsent une part disproportionnée de l’indice, ce qui dilue l’effet des marchés plus petits qui surperforment.

  • Les marchés émergents asiatiques (Inde en tête) continuent de porter la prime de croissance, selon Amundi, qui identifie l’Asie comme moteur principal à horizon 2025.
  • Les exportateurs de matières premières et de produits technologiques ont affiché une croissance plus forte que prévu, d’après Swiss Life Asset Managers, qui note aussi le dynamisme exceptionnel de Taïwan au premier trimestre.
  • Les marchés dits « frontières », plus petits et moins liquides, ont capté l’attention d’investisseurs cherchant à s’éloigner des indices surchargés par la Chine et la Corée du Sud.

La sélection géographique n’est donc pas un raffinement de gestion : c’est un facteur déterminant de rendement.

Politique monétaire des banques centrales émergentes : un cycle en avance

Un aspect peu discuté par les investisseurs entrants concerne le décalage de cycle monétaire entre pays émergents et pays développés. Plusieurs banques centrales émergentes avaient relevé leurs taux bien avant la Fed et la BCE en 2022. Elles ont donc commencé leur cycle d’assouplissement plus tôt.

Amundi souligne que cette désinflation anticipée devrait se poursuivre, avec des politiques monétaires divergentes selon les zones. Pour un investisseur en obligations émergentes, ce décalage crée une fenêtre : acheter de la dette à des rendements encore élevés, avant que les baisses de taux ne compriment les spreads.

En revanche, cette avance de cycle ne protège pas contre les chocs externes. Une remontée inattendue du dollar ou un durcissement de la politique commerciale américaine peut annuler les gains liés à l’assouplissement local. Les données disponibles ne permettent pas de conclure que ce cycle favorable se prolongera au-delà de quelques trimestres.

Deux investisseurs internationaux examinant des prospectus financiers ensemble dans un café de São Paulo, illustrant la montée des investissements dans les marchés émergents en 2024

Commerce intra-régional et recomposition géopolitique : l’effet ANASE et CCG

La guerre commerciale déclenchée par les États-Unis a accéléré une tendance de fond : les marchés émergents développent leurs échanges entre eux plutôt qu’avec l’Occident. Robeco note que cette dynamique renforce l’influence de groupements comme l’ANASE (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) et le CCG (Conseil de coopération du Golfe).

Ce commerce intra-régional n’est pas anecdotique. Il modifie la structure des revenus des entreprises cotées dans ces zones. Une société indonésienne qui exporte vers le Vietnam ou les Émirats n’a pas le même profil de risque qu’une société indonésienne dépendante du marché américain.

Conséquences pour les flux d’investissement

Pour les investisseurs qui entrent sur les marchés émergents en 2024, cette recomposition a une implication pratique : les corrélations historiques avec les indices américains se réduisent progressivement. C’est un argument de diversification réel, à condition de sélectionner des expositions alignées sur ces nouvelles routes commerciales.

Robeco considère que la probabilité d’un dollar américain durablement plus faible, combinée à une politique monétaire américaine plus souple, constitue un contexte favorable pour que les investisseurs mondiaux augmentent leur pondération dans les actifs émergents. Les retours terrain divergent sur ce point : d’autres gérants restent prudents face aux risques d’instabilité politique locale, qui demeurent plus marqués que dans les économies développées.

L’afflux de nouveaux investisseurs vers les marchés émergents en 2024 repose sur des fondamentaux identifiables : cycle monétaire avancé, diversification des échanges commerciaux, rendements obligataires attractifs. La sélectivité géographique et sectorielle reste la variable qui sépare une exposition rentable d’une exposition subie. Les prochains trimestres diront si cette dynamique résiste à un éventuel retournement du dollar ou à une escalade des tensions commerciales.

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